Pourquoi ce sujet est-il central en EHPAD ?

Garder son médecin traitant, c’est souvent conserver un pilier rassurant lors d’une étape parfois déstabilisante. Selon les chiffres de la DREES (Panorama statistique des EHPAD, 2023), près de 40 % des nouveaux résidents vivent un sentiment de rupture de suivi médical à l’entrée en établissement. Or, une relation de confiance, établie dans la durée, favorise l’écoute, la personnalisation de l’accompagnement et une meilleure compréhension du parcours de vie.

  • Stabilité : le changement de médecin, en situation de fragilité ou de perte d’autonomie, ajoute une difficulté selon les familles.
  • Connaissance de l’histoire médicale : un médecin traitant connaît antécédents, habitudes et contexte familial, ce qui facilite la prise en charge de la personne.
  • Coordination des soins : maintenir un professionnel référent facilite le dialogue entre intervenants médicaux et paramédicaux, surtout lorsque plusieurs pathologies coexistent.

Ce que dit la réglementation : liberté de choix du médecin

Sur le plan légal, la règle de base est simple mais méconnue : toute personne résidant en EHPAD conserve le droit de choisir son médecin traitant (ameli.fr). Ce principe de libre choix est affirmé par l’Article L1110-8 du Code de la santé publique. Ni l’EHPAD, ni aucun autre acteur, ne peut imposer le recours à un autre professionnel, même si la structure a passé une convention avec certains médecins du secteur.

  • Le résident (ou son représentant légal) informe l’EHPAD de son choix et accepte que les modalités de suivi en soient discutées (fréquence, disponibilité, déplacement…)
  • L’établissement doit favoriser la venue du médecin traitant si celui-ci accepte de se déplacer
  • En cas de souci (refus de déplacement, présence d’un médecin salarié sur place), une solution de relais doit être proposée, mais jamais imposée de force

Dans la pratique, ce droit est parfois méconnu ou mal appliqué, en particulier dans des zones rurales ou quand les effectifs médicaux sont tendus.

Médecins traitants en EHPAD : comment ça marche concrètement ?

Concrètement, deux modèles cohabitent aujourd’hui en France :

  • Le médecin “extérieur” : il peut suivre son patient comme avant, venir dans l’établissement selon les besoins et assurer le suivi administratif (renouvellement d’ordonnance, bilans, coordination avec les familles…).
  • Le médecin “coordonnateur” de l’EHPAD : salarié ou vacataire, il assure l’organisation générale des soins et la cohérence des prises en charge, mais, sauf exception, il ne peut pas devenir le médecin traitant du résident (Guide gouvernemental "Prévenir les hospitalisations évitables des résidents d’EHPAD", 2022).
  • Le médecin “attaché” à l’EHPAD ou partenaire : certains établissements ont des conventions avec des praticiens libéraux proches, pouvant intervenir rapidement auprès des résidents, notamment en zone rurale.

Quelques chiffres-clés pour mieux comprendre

  • En 2021, 80 % des résidents d’EHPAD en France avaient conservé leur médecin traitant libéral au moment de l’entrée (source : Drees, Enquête EHPA 2021).
  • Dans l’Hérault, ce chiffre descend à 72 %, principalement pour des raisons de mobilité ou d’impossibilité de déplacement des médecins en zone rurale.
  • Moins de 15 % des EHPAD en France interdisent la venue de médecins extérieurs, mais ce taux monte à près de 25 % dans les établissements publics selon la Fédération Hospitalière de France.

Les obstacles fréquents à la continuité du suivi médical

Malgré les principes inscrits dans la loi, plusieurs difficultés bien concrètes se posent dans la vraie vie :

  • Déplacements difficiles : tous les médecins traitants n’ont ni le temps, ni les moyens, ni parfois l’envie de se déplacer régulièrement en EHPAD. La pénurie médicale augmente ce phénomène, en particulier dans l’Hérault où, selon l’Ordre des Médecins, 22 % des généralistes ont plus de 65 ans (2023).
  • Temps médical contraint : les visites en établissement sont plus longues et parfois moins bien valorisées financièrement (forfait bien en deçà d’une consultation classique, d’après l’Assurance Maladie).
  • Organisation interne des établissements : certains EHPAD, pour des raisons pratiques ou de gestion des soins, privilégient des listes de praticiens attitrés et accordent un accès réservé, ce qui peut freiner la venue de médecins “extérieurs”.
  • Méconnaissance des droits : de nombreux résidents et familles pensent, à tort, qu'il est obligatoire d’adopter un “nouveau” médecin référent à l’entrée.

Comment organiser le maintien de son médecin traitant ?

  • Anticiper le dialogue : dès la préparation de l’entrée en EHPAD, échanger avec le médecin traitant traitant sur sa disponibilité et son engagement possible à continuer le suivi.
  • En parler à l’établissement : préciser ce souhait lors de l’admission, pour clarifier les modalités pratiques et éviter les malentendus.
  • Demander une convention de visite : certains EHPAD demandent à tout médecin extérieur de signer un accord de fonctionnement (accès aux dossiers, permanence téléphonique, respect des processus internes).
  • Vérifier la continuité du dossier médical : partager les documents entre l’ancien lieu de vie, le médecin traitant et les soignants de l’EHPAD pour éviter toute rupture de suivi (résultats d’examens, traitements en cours, vaccinations, directives anticipées…).

Dans l’Hérault, certains réseaux, comme le Gérontopôle Occitanie ou les Maisons de santé pluriprofessionnelles, aident à fluidifier ces démarches.

Quand le changement de médecin traitant est-il incontournable ?

Dans certains cas, il devient nécessaire de désigner un nouveau médecin traitant, même si ce n’était pas le souhait initial. C’est le cas :

  • Si le praticien d’origine n’intervient plus à domicile (retraité, déménagement, cessation d’activité…)
  • Si la distance ou la charge de travail rend le suivi impossible (par exemple, un résident venant de loin ou d’un autre département)
  • Si l’état de santé nécessite une surveillance rapprochée et une grande disponibilité sur place

Dans ce contexte, il est possible de choisir un généraliste référent parmi ceux qui se déplacent régulièrement dans l’établissement. Le processus d’enregistrement du médecin traitant auprès de l’Assurance Maladie (voir ameli.fr) reste identique : la déclaration peut se faire en ligne ou via le formulaire papier.

Quels rôles pour le médecin coordonnateur ?

Le médecin coordonnateur joue un rôle central en EHPAD, mais avec des limites précises :

  • Il organise la prise en charge médicale globale, définit les protocoles et veille à leur application.
  • Il ne réalise pas le suivi médical individuel des résidents, sauf situation exceptionnelle (urgence, absence de médecin traitant, carence d’offre locale).
  • Il peut proposer une orientation vers un médecin traitant disponible parmi les partenaires de l’établissement.
  • Il facilite le lien entre soignants, familles, spécialistes et acteurs extérieurs (pharmaciens, kinésithérapeutes, hôpitaux…).

L’une de ses grandes missions reste la promotion de la continuité du parcours de soins, clé de la qualité de vie des résidents.

Quelques conseils pratiques pour les familles et les proches

  • Prendre contact avec le médecin traitant avant et après l’arrivée en EHPAD, pour s’assurer qu’il peut continuer le suivi.
  • Se renseigner sur les possibilités d’accueil de médecins extérieurs dans l’établissement (jours autorisés, lieux de consultation, organisation d’urgence…)
  • Demander à rencontrer le médecin coordonnateur dès les premiers jours pour comprendre le fonctionnement de la structure.
  • Anticiper ensemble les besoins médicaux : gestion des renouvellements d’ordonnances, organisation des rendez-vous spécialisés, possibilités de télémédecine (en forte hausse, +120% d’actes pour les résidents d’EHPAD entre 2019 et 2022, rapport Assurance Maladie 2023).

Une chance d’améliorer le lien ville-hôpital

L’entrée en EHPAD, bien qu’elle puisse contraindre certains suivis, ouvre aussi l’opportunité d’intégrer un accompagnement vraiment coordonné, entre professionnels de ville et établissements. Les innovations se multiplient (HAS, bonnes pratiques en EHPAD), avec des solutions comme :

  • La mise en place de “fichiers de liaison d’urgence” et de dossiers médicaux partagés accessibles à tous les intervenants
  • Développement de la télémédecine et consultations à distance avec le médecin traitant
  • Formations croisées entre professionnels, et implication des familles pour un suivi encore plus personnalisé

Pour aller plus loin : sources, aides et témoignages

Faire le choix de l’EHPAD n’est jamais un geste anodin et pose mille questions, dont celle de la continuité médicale. Bien informés et entourés, résidents et familles restent les principaux acteurs d’un accompagnement adapté à chacun. En cultivant ce lien essentiel, c’est toute la qualité du “prendre soin” qui, chaque jour, se réinvente.

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